Sécurité

RDC : A Beni, le Rwanda et la Monusco pris dans leurs propres pièges (les non-dits de l’entrée des troupes ougandaises)

Les motivations du terrorisme qui secoue le Nord-kivu et l’Ituri sont d’une telle complexité qu’il n’a jusque-là pas été facile pour la population congolaise d’y apporter une quelconque lumière. Cette difficulté est aussi liée à l’ombre qui plane sur les acteurs de ces atrocités tant il est difficile de décliner même l’identité des combattants ADF soi-disant.

Le mythe qui entoure les « égorgeurs » de Beni n’a jamais été révélé malgré des arrestations des collaborateurs des ADF, annoncées quasi quotidiennement par les FARDC. Qui sont-ils ? Comment réussissent-ils à contourner les boucliers mis en place par l’armée régulière pour continuer d’endeuiller la population ?

Plusieurs rapports et sources rapportent la présence des combattants et formateurs étrangers dans le rang des ADF alors que la majorité des personnes arrêtées, combattants ou collaborateurs, sont issues des populations locales.

La présence de la Monusco sur les lieux des conflits fait partie du problème. Les FARDC, infiltrées dans tous les angles, en sont un autre. Et alors que le Rwanda joue au malin grâce à son appareil de renseignement omniprésent dans presque tous les services de sécurité de la RDC, il fallait trouver une alternative salvatrice quoique dangereuse.

Pendant que les renseignements fournis par les FARDC étaient tantôt contradictoires, tantôt flous pour conduire à la définition d’une stratégie militaire adaptée; comme la Monusco semblait connaître le problème sans y proposer une solution sérieuse, Tshisekedi a fait recours à la main-d’œuvre de l’Ouganda en toute opacité.

Disposant des bonnes informations sur le modus operandi des ADF qu’elle surveille depuis des longues années, l’armée ougandaise avait fait son entrée sur le territoire congolais longtemps avant que cela n’ait été annoncé par Kinshasa. Après un travail discret avec une équipe mixte FARDC-Ministère de la défense, rigoureusement sélectionnée, la Force de Défense du Peuple Ougandais a lancé des assauts contre les ADF à la grande surprise de ses alliés. Seul un groupe sensiblement réduit et presqu’inconnu du public a été au courant du début et du plan de ces opérations. La Monusco a été complètement écartée, ce qui l’expose à un danger sérieux sur le plan de la communication. Les FARDC sont presqu’absentes de la chaîne de commandement de ces opérations.

Toutes les voix qui appelaient à des opérations conjointes entre les FARDC et l’UPDF mettaient principalement en cause la Monusco, évoquaient la complicité des FARDC et dénonçaient, sans fournir des preuves, l’implication du Rwanda dans les massacres qui pèsent sur la population de Beni.

Déconnectée des opérations, la Monusco peine à s’intégrer dans un jeu presque parallèle et risque de se retrouver en position ennemie face l’armée ougandaise. L’Ouganda cherche à laver son honneur et n’y arrivera avec succès que si elle parvient, avec ces opérations, à prouver l’implication du Rwanda au côté des ADF. Y en aura-t-elle ? Une chose est sûre : Même sans l’avis de Kinshasa, Kampala ne cachera pas une preuve qui pourrait salir la réputation de Kigali surtout en cette période de guerre froide entre Museveni et Kagame.

Si le Président Tshisekedi a pris le risque de se heurter à la manipulation des tireurs des ficelles et surtout de ceux qui ignorent les vrais enjeux de ce conflit, il a montré sa volonté d’arrêter ce massacre malgré le manque de précision et la malhonnêteté de ceux sur qui il comptait au départ.

Delphin MURHABAZI

Afficher plus

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page
Fermer
%d blogueurs aiment cette page :