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RDC : En liberté provisoire, Vital Kamerhe marche sur les œufs (la destination du lion blessé)

Entre calculs politiciens et contexte socio-sécuritaire instable, l’Etat de droit prôné par le Président Félix Tshisekedi n’aura pas longtemps résisté à des évidences de nature à évaporer ses espoirs de briguer un second mandat. L’arrestation de Vital Kamerhe n’aura apporté aucune solution au grand problème pour lequel il semblait avoir été arrêté. Certes, sa désactivation temporaire a facilité l’exécution du schéma de démantèlement du FCC et l’harmonisation apparente des relations avec le Rwanda loin de toute interférence mais l’homme est restée une pièce manquante à la machine Tshisekedi. Le temps presse, tout ne s’est pas passé comme prévu et les fronts s’ouvrent de tous les bords. Il faut rebattre les cartes, mais avec beaucoup de prudence.

Sans surprise, l’ancien Directeur de cabinet du Président Félix Tshisekedi, Vital Kamerhe, a été remis en liberté provisoire sur décision de la Cour de Cassation, le lundi 06 décembre 2021. Condamné à l’issue d’un procès hollywoodien, le président de l’Union pour la Nation Congolaise est resté politiquement fidèle à son allié malgré le sort qui lui avait été réservé après la prise du pouvoir de l’UDPS. Kamerhe avait-il de choix ? Tout peut se dire mais seul un immature politique, en prison, pourrait prendre le risque et le courage de s’opposer à un Président qui apprenait tout alors qu’il était déjà en fonction.

Pourquoi accorder la liberté provisoire à Vital Kamerhe ? Que devient-il dans le jeu politique actuel ?

Le président Tshisekedi a visiblement géré son chrono avec rigueur. Quoiqu’il en soit, en 2023, Kamerhe serait plus dangereux en prison qu’en liberté.

Malmené par la puissante Eglise Catholique qui a su aligner l’ECC derrière sa position, en confrontation ouverte avec le camp Kabila qui a visiblement résolu d’attendre le moment opportun pour faire retentir ses armes, précipité dans un conflit avec Moise Katumbi et avec l’aile radicale de LAMUKA; Félix Tshisekedi s’est fait des mauvaises guerres dans tous les angles et a catégoriquement brisé des ponts avec certains camps. Il faut trouver un négociateur à la hauteur.

A l’Est de la RDC, surtout dans les provinces du Nord-kivu et du Sud-kivu, personne n’a su se substituer à l’homme de Walungu. Si sa mise en prison a affecté ses ambitions et son agenda politiques, sa popularité a été soigneusement entretenue par ses lieutenants qui ont dû utiliser la victimisation pour sauver l’honneur de l’ancien Directeur de cabinet de Tshisekedi.

S’il est facile de retracer la trajectoire de Vital Kamerhe, son avenir politique donne lieu à des spéculations de sorte qu’il faut comprendre ses liens actuels avec le Président Tshisekedi pour parier sur ce qui l’attend.

  • Va-t-il faire sa rentrée sur la scène politique ?
  • Va-t-il soutenir la candidature de Félix Tshisekedi aux prochaines élections ?
  • Quel rôle va jouer l’ancien président de l’Assemblée nationale dans le contexte actuel pendant les deux petites années qui tirent Tshisekedi vers la fin de son premier mandat ?
  • Sur quoi se soldera sa condamnation ? Sera-t-il acquitté enfin ?

Nous consacrerons une longue réflexion et des analyses muries sur ces questions dans nos prochains articles.

Néanmoins, Vital Kamerhe est devant un fait accompli et sa marge de manœuvre est très réduite. Ce dont il a le plus besoin, c’est la liberté. Il l’a eue. Il lui reste une substance nutritive importante dont il a été privé depuis presque deux ans : la parole. L’homme aime paraître et surtout parler en public et aux médias. Il doit trouver un espace et une cause à défendre à tout prix.

Cependant, la sincérité de Vital Kamerhe doit désormais être prise avec des pincettes par le camp Tshisekedi.

Une chose est sûre, Kamerhe n’est pas préparé à passé à l’opposition. Il n’en a plus ni les ressources, ni la santé. Et même s’il fallait s’opposer ouvertement à ce régime qu’il a presque forgé, il ne le fera pas tant qu’il sera présent sur le territoire congolais.

L’avenir et le temps le mettront dans la nécessité de faire un choix et de trouver en allié qui puisse lui sortir de l’impasse. Là aussi, il y a des portes qui ne peuvent l’accueillir que pour des intérêts immédiats et le rejeter par la suite.

Une coalition Katumbi & Kamerhe n’est pas aussi facile à bâtir qu’on le pense. Pour mieux comprendre les inconnues d’une telle équation, il faut étudier les intérêts du premier pour comprendre que par le jeu des alliances, les deux hommes sont catégoriquement opposés sur un sujet très sensible et délicat. Kamerhe chez Katumbi, c’est un WANTED qui se rend de bonne foi chez le petit-fils de ses bourreaux. Si ce n’est pas compris, contactez Mo Ibrahim et les puissants lobbies pro Kigali. C’est lourd !

Une alliance Kamerhe & Kabila (FCC) peut se faire sans aucun intermédiaire mais là aussi, le Calculateur connaît son ancien allié mieux que ceux qui ont achevé ses 18 ans avec lui. Si les deux hommes peuvent mieux s’entendre, les collaborateurs du deuxième savent que la présence du premier dans leur barque est un vrai cauchemar pour leur survie. Ce pont est aussi presque impraticable.

Toutefois, le « pacificateur » garde encore le pouvoir de faire chavirer la barque Tshisekedi surtout dans le Kivu. Pas question de le laisser traverser de l’autre bord alors que le Maniema devient un terrain de plus en plus glissant à cause du feuilleton Matata.

En grand négociateur, celui dont les sympathisants appellent « pacificateur », aura beaucoup d’intérêts à arrondir les angles avec Félix Tshisekedi pour éviter de finir sa course dans le ravin. Il faut lui trouver une place qui lui convient, d’abord dans les guéguerres qui opposent Kinshasa à l’église Catholique, ensuite dans l’Union sacrée qui est encore fragile et qui nécessite une fondation et une idéologie solide, enfin dans le laboratoire qui doit, d’ores et déjà, se mettre au travail pour définir les nouvelles stratégies pouvant conduire à une réélection de Félix Tshisekedi en 2023 dans l’accalmie et dans le cas échéant, à une tricherie intelligemment organisée.

Quoiqu’il en soit, Vital Kamerhe ne se lancera plus dans un quelconque deal politique sans comprendre les acteurs et les enjeux. Avant de s’engager, l’architecte des accords de Nairobi cherchera toujours et avant tout à avoir une longueur d’avance sur ses pairs pour éviter de tomber dans le piège d’hier. Il sera alors plus mathématicien que politicien dans ce qui l’attend. Kamerhe marche sur les œufs !

Delphin MURHABAZI

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