A qui revient Félix Tshisekedi ? Aux américains, aux européens, aux chinois ou aux congolais ? Comprendre la diplomatie ambiguë

L’histoire de la République Démocratique du Congo tente de se réécrire « heureusement » sur un support qui ne tiendra pas pour longtemps avec tous les risques de retourner à la case de départ.

Depuis les origines historiques de la République démocratique du Congo ; de la Conférence de Berlin aux premières élections dites démocratiques en passant par la dictature de Mobutu, le pays aux 2 345 410km² semble n’appartenir à personne. Ceux qui vivent sur ce vaste territoire le considèrent comme le leur pendant que ceux du dehors et de tous bords le considèrent comme une propriété commune.

La vérité dévoile une face cachée en 2001 : Mzee Laurent Désiré Kabila est mystérieusement assassiné et sa succession s’organise tel dans un film hollywoodien. Tout se passe comme une lettre à la poste, personne ne comprend.

Perdu dans les réalités auxquelles il était confronté et aux responsabilités qu’il devrait assumer, le nouveau Kabila se réfugie dans le silence et préfère observer les scènes de loin pour échapper aux griffes dans lesquelles le destin l’avait déposé. Il garde la casquette de Président de la République et abandonne le reste à ceux qui maîtrisaient le jeu et les enjeux qui lui avait porté au pouvoir. L’Europe et les Etats-Unis, dans ce chaos, voyaient devant eux des bonnes années pendant lesquelles ils devraient saigner paisiblement le sol congolais. Entre-temps, la Chine, moins cupide à ce temps, se contentait de ce qui échappait aux maîtres du jeu.

Quand ses yeux s’ouvrirent, Joseph Kabila décida alors de s’émanciper et de devenir réellement Président, trop tard. Il venait d’avaler son dernier mandat constitutionnel et briser les garde-fous sur lesquels il devrait s’appuyer pour son glissement. C’est alors que commençait la guerre des humiliations entre Joseph Kabila et ses anciens mentors.

C’est de ces batailles de démonstration des biceps entre Kabila et les Occidentaux que Félix Tshisekedi trouvera la voie de la présidence.

Fruit d’une opposition légendaire et parfois sans objectif, Félix Tshisekedi découvre la complexité des fonctions qu’il prenait alors qu’il n’avait aucun background pour les assumer. Il devrait très vite trouver un abri surtout pour échapper aux flèches du camp Kabila qui le gardait attaché à des accords secrets alors qu’il cherchait à les briser.

L’Europe qui avait joué activement la carte LAMUKA à travers la Fondation Koffi Annan ne digérait pas la proclamation de Tshisekedi comme président et investissait dans d’autres alternatives. Dans l’ombre, les Etats-Unis exposaient au jeune président les dangers surtout liés à sa sécurité personnelle et profitaient de sa frustration et de sa peur pour l’obliger à les suivre sans toute autre garantie.

Entraîné dans une forme de distraction par les américains qui n’ont montré concrètement aucune volonté manifeste d’accompagner Kinshasa dans ses reformes, Tshisekedi s’est très vite rendu compte qu’il s’est jeté entre les bras qui n’étaient pas disposés à l’accueillir. Pendant que les américains conduisent Tshisekedi dans un bras de fer avec la Chine, eux-mêmes n’investissent rien sur le territoire congolais malgré des annonces à répétition.

A l’interne, les regards sont tournés vers Tshisekedi qui lui-même est tourné vers l’Europe et les Etats-Unis. Un cercle vicieux.

Après avoir brisé les chaînes qui le liaient au FCC, Tshisekedi semble désormais bloqué par l’Occident. Absurde !

A deux ans de la présidentielle, Tshisekedi veut avoir un allié fort et sérieux pour tenir debout sur les différents fronts qu’il a ouverts à l’interne. Pas question de sacrifier les uns et favoriser les autres sans des garanties qui rassurent. La priorité pour le moment, ce sont les élections qui pointent à l’horizon.

A qui donc revient Tshisekedi ? A la Chine ou à l’Europe et les Etats-Unis ?

Dans la foulée, l’Europe et les Etats-Unis parlent le même langage alors que retranchés, chaque camp cherche à prendre le devant de la scène. Confusion !

D’une part, pendant que les américains veulent plus de concessions, ils restent réticents. D’autre part, Tshisekedi veut voir un engagement des américains sur le terrain alors qu’avec ses multiples voyages à la recherche des investisseurs, il semble ne pas trop compter sur eux. Il frappe à toutes les portes, tout le monde le reçoit mais personne ne lui parle.

Les occidentaux connaissent plusieurs cas de figure auxquels ils peuvent associer Tshisekedi. Ils savent quelle attitude adopter face à un homme comme lui. Ils savent quel piège ils peuvent lui tendre pour l’amener à ne rien faire pendant ses cinq ans de mandat et peut-être l’opposer à ses concitoyens.

Dans ce jeu, personne ne gagne mais tout le monde perd. Entre-temps, à Kinshasa les espoirs s’envolent et la course à la montre se poursuit. L’appareil file droit sur 2023 mais le commandant n’est plus à bord.

En voulant réconcilier les frères ennemis autour des richesses de la RDC et en mettant en avant son plan de développement, le Président Tshisekedi s’est attiré la méfiance de ceux sur qui il comptait pour réussir son quinquennat. L’homme fort de Kinshasa doit repenser sa politique extérieure et pencher la balance d’un seul côté avec tous les risques que cela lui vaudra de la part de ceux qui se sentiront exclus.

Delphin Murhabazi/Analyste

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